Décembre 2010 - Ne laissez pas les auditeurs franchir les limites !

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Edito
Écrit par Administrator
Mercredi, 01 Décembre 2010 14:43

Nous avons déjà rédigé des articles concernant soit Bill MOOZ(1) Met-L-Chek, soit différents numéros du Penetrant Professor, une newsletter mensuelle sur le ressuage. Le Penetrant Professor peut être téléchargé à partir du site Web Met-L-Chek(2).

Le numéro de novembre 2010 du Penetrant Professor donne deux exemples de la façon dont certains auditeurs peuvent aller au-delà de leur mission, et peuvent être enclins à ‘‘interpréter’’ ou même à‘‘inventer’’ des exigences.

C’est un souci pour les audités, qui, bien souvent, ne savent pas qu’ils peuvent également poser des questions.

Premier exemple : pénétrant ‘‘en cours d’utilisation’’ / pénétrant ‘‘réutilisé’’

Le pénétrant qui est en cuve et qui est utilisé en production doit être soumis à des contrôles périodiques pour s'assurer qu'il fonctionne toujours correctement.

Dans le cas présent, c’est la spécification américaine ASTM E1417(3) qui est applicable. Celle-ci décrit les essais et demande, en ce qui concerne le pénétrant ‘‘en cours d’utilisation’’, à ce que les résultats d’essais soient conformes.

Nous pensons que cette spécification stipule de manière adéquate ce qui doit être fait, et nos certificats font état du pénétrant ‘‘en cours d’utilisation’’ conformément à la spécification ASTM E-1417.

Cependant, nous avons eu un client qui a été audité et à qui on a dit que le pénétrant doit être désigné comme ‘‘réutilisé’’. Nous classerons cela dans notre dossier des choses que nous ne comprenons pas.’’

Deuxième exemple : la durée d’émulsification - encore


Après notre discussion sur la durée d'émulsification, nous avons reçu le commentaire suivant d'un lecteur :

- ‘‘J’ai lu votre article du mois d’octobre 2010 et je voudrais ajouter une petite pique à votre histoire. Nous venons d’être audités et l’auditeur nous a posé la même question pour savoir comment nous avions déterminé notre durée d'émulsification. Il n’acceptait pas la méthode ASTM recommandée et il voulait que nous effectuions divers essais pour prouver que notre durée était acceptable.

De plus il nous a demandé comment nous savions que notre durée d'émulsification était toujours valable après que notre émulsifiant a été utilisé depuis des mois et il nous a demandé de lui en apporter la preuve en effectuant divers essais, sans nous dire quels essais il voulait.''

Nous avons reçu plusieurs questions à sujet. Il nous semble que le(s) auditeur(s) en question franchissent la ligne de démarcation entre l'audit et soit l’invention soit la suggestion d’essais ou de conditions qui ne figurent dans aucune spécification écrite.

En principe, les auditeurs peuvent être en droit d’exiger une réponse à leurs questions sur la façon dont la durée d'émulsification a été déterminée, mais si cela n'est pas écrit dans la spécification applicable, il semble qu'il est inapproprié pour eux d'exiger une réponse.

Mais même s’il en est ainsi, s'ils insistent pour que l’audité fournisse la preuve de la procédure de détermination, à notre connaissance, il n'existe pas de procédure pour le faire. Et, si tel est bien le cas, on se demande comment l'auditeur peut savoir si la procédure (de l’audité) est bonne ou non. 

Nous supposons que la méthode devrait simplement satisfaire l'auditeur, le mettant dans la position où il élabore une spécification sans l'approbation de l'un des organismes chargés de cette tâche et de cette responsabilité, tels que l’ASTM ou organismes similaires.

Cet article a amené certains lecteurs à faire part de leurs sentiments :

- D'un auditeur NADCAP : ''Je veux juste ajouter ma voix à l'article stipulant que "les auditeurs ne devraient pas inventer d’exigences". En rédigeant une non-conformité, l'auditeur doit être en mesure de citer le document et l'exigence qui ont été enfreints. Sinon, il n'y a aucune infraction.''

- La réponse du Penetrant Professor :''Nous ne connaissons pas parfaitement le déroulé d’un audit et la mise en évidence de non-conformités, mais, à partir de l’anxiété que nous ressentons chez l’audité, il semble que l'auditeur ait insisté sur le respect d’une exigence inventée avant même qu’il écrive quoi que ce soit. De toute évidence cela semble être un sujet qui mérite quelque éclaircissement et la poursuite de votre enquête. Mais, si vous le permettez, nous utiliserons votre réponse dans un de nos prochains numéros. Peut-être que si une personne en cours d’audit tombe sur cet échange, cela pourrait aider cet audité face à un auditeur un peu trop ‘‘inventif’’.

- L’auditeur NADCAP a répondu : ''Pas de problème. C'est le message que nous prêchons à tous les auditeurs, et aux fournisseurs en réunions publiques..."

- D'un autre auditeur : (document édité) : ''Très bons articles ce mois-ci. J'ai vraiment, vraiment apprécié et ai bien rigolé à plusieurs reprises. Je vous remercie. Il semble que, de plus en plus, nous révisons les normes ASTM et les spécifications AMS pour satisfaire les auditeurs ou pour les empêcher de noyer les fournisseurs sous des exigences farfelues. Peut-être qu'il est temps d'annuler l'ensemble de ces spécifications : ainsi, ils n’auront plus personne à ‘‘enquiquiner’’. Bien qu’un organisme d’audits puisse avoir sa propre vision des exigences, puisse même aller jusqu’à générer ses propres exigences, qui ne sont même pas des normes industrielles, cela ajouté à la façon dont les auditeurs travaillent, je suis sûr qu’ils trouveraient quand même quelque chose qui mettrait les fournisseurs dans l’embarras ! TRES BON TRAVAIL !!!!!!!

- D'un consultant :''Hé Professor ! Bien dit sans faire de prêche ! Beaucoup se demandent qui, diable, sont ces auditeurs, où ils ont reçu leur formation pour devenir auditeurs en CND. Si on se fie aux commentaires reçus, ils sont à côté de la plaque !’’

Notre avis est que les auditeurs doivent s'en tenir aux spécifications applicables, et que l’audité doit être au courant des exigences et être préparé à répondre aux questions qui s’y rapportent.

L'auditeur ne doit pas être autorisé à inventer des questions auxquelles on ne peut pas répondre à partir des spécifications, et l'auditeur n'a pas à imposer des critères ou des procédures qui ne sont pas dans la spécification.

Si l'auditeur a de fortes présomptions concernant des lacunes d'une spécification, il ou elle devrait se porter volontaire pour rejoindre le Comité K de l’AMS(4) ou le Comité E-07 de l’ASTM(5) ou quelque autre organisation : c’est la bonne manière de mettre au point et d’actualiser les techniques et les procédures selon lesquelles les contrôleurs opèrent.

Prendre au dépourvu un audité ne sert à rien et entraîne des dépenses pour l'audité.

Bien sûr, nous sommes satisfaits de voir que les auditeurs, en général, sont d’accord sur le fait que leur rôle n’est pas de demander aux audités ce qui n’est pas spécifiquement requis dans les documents applicables.

Nous pouvons ajouter qu’être membres actifs de comités de normalisation à titre bénévole, cela coûte de l’argent, demande du temps, ne serait ce qu’en frais/durée de déplacement. Cette activité n’est pas très rentable financièrement pour les participants eux-mêmes, même si certains pensent que les donneurs d’ordre tout comme les petites et moyennes entreprises (PME) y sont franchement gagnantes en envoyant leur personnel en commission de normalisation pour promouvoir leur leadership, leurs techniques/procédés et défendre leurs propres intérêts.

Faire des audits est une activité fort lucrative pour les organismes d’audit et qui coûte assez cher aux entreprises auditées.

Plus les auditeurs ‘‘inventent’’ de nouvelles questions, sur des points qui ne figurent pas dans les spécifications applicables, plus ils se dotent de moyens pour multiplier le nombre de rapports de non-conformité (RNC) et, par conséquent, le nombre d’audits, ce qui assure de substantiels revenus supplémentaires aux auditeurs et aux organismes d’audits.

Les audités doivent avoir à l'esprit que, si on leur demande de montrer les enregistrements de certains procédés qui ne sont pas écrits dans le document applicable, ils peuvent, et doivent, poser la question : "s'il vous plaît, montrez-moi le paragraphe qui le demande’’. De plus, après un audit, un audité peut rendre compte à l’organisme d’audit si il ou elle pense que l’auditeur a été "injuste" lors de l'audit.

L'un de nous, qui a assisté à la réunion NADCAP qui s'est tenue à DYSNEYLAND PARIS, il y a quelques années, se souvient aussi de Phil KEOWN disant que les auditeurs doivent connaître quelques-unes des habitudes du pays où ils sont accueillis : il a expressément rappelé à l'auditoire (environ 100 personnes !) qu’en France par exemple, un auditeur ne doit pas être surpris d'être invité à passer 3 heures dans un très bon restaurant. Ce N'est PAS pour l’empêcher de faire son travail, c'est la façon de montrer aux visiteurs VIP... qu’ils sont des VIP !

Alors, ne laissez pas les auditeurs franchir les limites !

Références

(1) Patrick DUBOSC et Pierre CHEMIN, Un américain à Paris… qui aime Paris au mois de mai, Éditorial Juin 2010 sur notre site Web :
http://www.ressuage-magnetoscopie-penetranttesting-magnetictesting-dpc

(2) Penetrant Professor, sur le site Web :
http://www.met-l-chek.com/pages/penetrant_professorpag.html

(3) ASTM, E1417 - 05e1 : Standard Practice for Liquid Penetrant Testing, American Society for Testing and Materials, West Conshohocken, Pennsylvania, États-Unis, 2005.

(4) AMS K (Non Destructive Methods and Processes) Committee : Commission technique des procédés et méthodes de contrôle non destructif chargée de la rédaction et de la révision des spécifications aéronautiques AMS (Aerospace Material Specifications) au sein de la Society of Automotive Engineers (SAE).

(5) ASTM Committee E07 on Nondestructive Testing : Commission technique chargée de la rédaction et de la révision des normes de contrôle non destructif de l’American Society for Testing and Materials (ASTM).

Mis à jour ( Jeudi, 19 Mai 2011 14:44 )