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Mars 2012 - Michel TOITOT

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Écrit par Administrator
Dimanche, 12 Février 2012 17:37

Par Pierre CHEMIN et Patrick DUBOSC

Au cours de sa carrière professionnelle et même après, Michel TOITOT, né le 7 janvier 1927, fut et reste un grand spécialiste apprécié et reconnu du monde des Contrôles Non Destructifs, et plus particulièrement dans le domaine de la magnétoscopie.

Nous souhaitons mieux vous le faire connaître.

Au début des années 70, Pierre CHEMIN avait entendu parler de Michel TOITOT qui travaillait au laboratoire de CREUSOT-LOIRE au Creusot (Saône-et-Loire). Pierre CHEMIN en était au début de sa carrière professionnelle et, bien qu’il ait souvent vu Michel TOITOT, il n’avait pas osé l’aborder, ayant tout à apprendre en ressuage et magnétoscopie, tant Michel TOITOT lui apparaissait déjà comme une sommité en magnétoscopie.
Pour Patrick DUBOSC, la première rencontre eut lieu fin 1973, au Creusot, là aussi au tout début de sa carrière. Michel TOITOT et son équipe savaient mettre les interlocuteurs à l’aise immédiatement.

Un peu plus tard, nous avons appris qu’il avait travaillé sur la détection et la neutralisation des mines magnétiques qui, même quelques années après la fin de la 2e guerre mondiale, flottaient en nombre entre deux eaux sur beaucoup des mers et des océans du globe. C’est ainsi que nous sûmes qu’il avait eu comme professeur Louis NÉEL, prix Nobel de physique en 1970, en récompense de ses travaux sur les propriétés magnétiques des matériaux. Ce fut un facteur déterminant quant à l’évolution de la carrière de Michel TOITOT.

Encore quelques années, et nous l’avons retrouvé au CAST (Centre d’Actualisation Scientifique et Technique), devenu par la suite INSACAST, de l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) de Lyon (Rhône). Il y était formateur en magnétoscopie et nous-mêmes, formateurs en ressuage.

C’est précisément au CAST que nous avons réellement fait sa connaissance. Nous avons découvert en lui un homme chaleureux, enthousiaste, passionné, qui était un savant pragmatique, d’une grande modestie, et doté de remarquables qualités pédagogiques, qui savait se placer toujours au niveau de son auditoire pour mieux se faire comprendre.
Lorsqu’il s’apercevait que l’attention de ses stagiaires se relâchait, il faisait une digression en racontant une anecdote, domaine dans lequel il était intarissable.

Nous avons eu l’occasion de le rencontrer également au CACEMI (Centre d’Actualisation des Connaissances et de l’Étude des Matériaux Industriels) au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) à Paris.
Le stage de formation de ressuage et de magnétoscopie était dirigé par le Professeur Michel RAPIN. Michel TOITOT avait mis sur pied le cours de magnétoscopie et nous, celui de ressuage. Tous les trois ensemble, nous dirigions les travaux pratiques PT/MT dans une "chaude ambiance", précisément dans la salle des travaux pratiques des traitements thermiques, au milieu des fours en fonctionnement ! Époque héroïque où, seule, la certification ASME existait.
La période de rodage terminée, nous ne fûmes plus sollicités, parce que nous travaillions chez des fournisseurs de produits et d’équipements PT/MT ; à cette époque le CACEMI, pour des questions de déontologie, ne voulait pas favoriser des fournisseurs au détriment d’autres.

Michel TOITOT travaillait également au Cercle d’Étude des Métaux (CEM) à l’École des Mines de Saint-Étienne (Loire), surnommée la "grande dame du cours Fauriel", qui est devenue École Nationale Supérieure des Mines en 1992.
Michel TOITOT présenta Pierre CHEMIN au dynamique Président du CEM, Léon GLÉNAT, qui était le chef du service de contrôle de l'usine de l'Ondaine (1950-1980), et qui est décédé le 11 octobre 2010 à l’âge de 90 ans.
Cette rencontre eut lieu au CEM dans le cadre du VIIe Colloque International "Progrès dans les Méthodes d’Investigation des Métaux et Nouveaux Matériaux", du 22 au 25 novembre 1988. Pierre PUHARRÉ, collègue de Pierre CHEMIN, fit une communication intitulée : "Évaluation du porte-barrette à gradient de champ magnétique". Le porte-barette deviendra le Témoin C.

Du temps de l’APEND (Association Professionnelle des Essais Non Destructifs), créée le 2 avril 1977, Michel TOITOT coprésidait avec Pierre CHEMIN la commission ressuage - magnétoscopie à laquelle participait, entre autres, Patrick DUBOSC. Cette commission était dynamique et a traité un certain nombre de sujets, en particulier, les règles de déontologie à l’attention des fabricants/fournisseurs de produits et équipements PT/MT afin qu’ils fournissent aux utilisateurs des informations et des conseils honnêtes et sincères. Noble tâche, comme vous pouvez le constater, fort utile et justifiée, à cette époque, en raison de certains abus, croyez-nous !

Dès les années 80, Michel TOITOT fut un membre très actif au sein de la commission ressuage et magnétoscopie de l’AFNOR, participant aux travaux de normalisation de l’époque, française puis européenne.

Michel TOITOT fut très affecté lorsqu’il fut mis brutalement en pré-retraite (lui insistait sur l’appellation exacte : mise en cessation anticipée d’activité) en 1983/84, ce qui ne l’empêcha pas le moins du monde d’aider ses anciens collègues restés en activité chez CREUSOT-LOIRE.

Ce qui rendit aussi célèbre Michel TOITOT, c’est son invention du Témoin C, pièce de référence plaisamment appelée par certains le "toitoscope".

Ainsi, le Témoin C fut introduit et décrit dans l’Annexe A de l’ancienne norme AFNOR NF A 09-570A, Essais non destructifs - magnétoscopie – Caractérisation des produits, juillet 1988.

À partir des années 90, une Société française bien connue de la profession, en collaboration avec Michel TOITOT, a amélioré et fiabilisé la construction du "témoin C" pour en faire un témoin de référence d’envergure internationale. La fabrication a été rationalisée, les calculs théoriques ont été comparés avec des mesures expérimentales et une procédure d’étalonnage a été définie. Enfin, la généralisation des outils informatiques a permis d’en améliorer la caractérisation.

En 1997, la COFREND (Confédération Française pour les Essais Non Destructifs) publia un ouvrage rédigé par Michel TOITOT qui, de nos jours, fait toujours référence et qui s’intitule "Le magnétisme avec ses applications à la magnétoscopie".

En 1999, la COFREND a honoré Michel TOITOT, pour l’ensemble de ses travaux, en lui remettant la médaille de la COFREND. Notez qu’à ce jour, il n’y a que 36 personnes à avoir reçu cette distinction.

En 2002, le Témoin C fut introduit en tant que pièce de référence Type 2 dans la norme ISO 9934-2:2002 Essais non destructifs - Magnétoscopie - Partie 2: Produits magnétoscopiques.

Nous pouvons regretter que plusieurs des propositions de Michel TOITOT n’aient pas été entérinées au niveau européen. Michel TOITOT était bien (peut-être même trop) en avance sur son temps et il resta incompris de certains "soit-disant Experts" français et européens.

Nous sommes restés en relation technique épistolaire suivie avec Michel TOITOT jusque vers la fin de l’année 2000.
Rappelez-vous qu’à une certaine époque, il n’existait pas encore de calculatrices scientifiques ni de tableurs informatiques. Michel TOITOT n’hésitait pas à se lancer dans des calculs numériques complexes avec comme seuls outils : un crayon et du papier, la règle à calcul et les tables de trigonométrie et de logarithmes décimaux/népériens.

Au fil des ans, Michel TOITOT est resté très accessible :

• Patrick DUBOSC a fait appel à lui à de nombreuses reprises, pour éclaircir certains points difficiles, pour justifier sa position sur le vocabulaire : on ne magnétise pas une pièce, on l’aimante, même si, en langue anglaise, on utilise le verbe "magnetize" dans les deux acceptions. De même, il insistait pour supprimer les termes "aimantation longitudinale" et "aimantation transversale", inapplicables sur de nombreuses pièces, et pour qu’on parle d’aimantation directe par passage de courant, et d’aimantation indirecte par induction - exactement l’inverse de la terminologie anglo-saxonne, d’où des incompréhensions parfois entre donneurs d’ordre et sous-traitants de pays différents. Il justifiait cette position par la physique.

• Pierre CHEMIN eut de nombreux échanges techniques avec lui portant sur les mesureurs numériques de champ magnétique tangentiel, un appareil numérique pour la mesure directe de l’induction magnétique et les indicateurs de flux magnétiques (les témoins flexibles Burmah Castrol® entre autres), etc.

Si nous ne pouvons pas ré-écrire l’histoire, nous sommes un petit groupe d’Experts français qui, aujourd’hui, a bravement repris le flambeau, profitant de la révision des normes européennes et internationales ISO de magnétoscopie, en nous fixant comme objectif l’introduction dans ces normes des propositions formulées antérieurement par Michel TOITOT. Ainsi son combat n’aura-t-il pas été vain.

Michel TOITOT était méticuleux et précis dans son travail, tout comme il était intarissable sur tous les horaires de la seule ligne TGV de l’époque, Paris-Dijon-Lyon, qu’il avait notés dans un petit calepin qui ne le quittait jamais.

À vrai dire, en dépit du fait qu’il ait rédigé de nombreux articles, il était pratiquement inconnu dans les pays anglo-saxons car il ne publiait qu’en français.

Pour la petite histoire, il inventait des trucs qui n’avaient strictement rien à voir avec les Contrôles Non Destructifs ; nous n’en citerons que deux qui sont particulièrement singuliers :

• Tout d’abord, la "Toitolite", une composition chimique dont il garda jalousement le secret qui permettait, paraît-il, de "raviver", pour des années, des batteries au plomb qui avaient rendu l’âme. En revanche, ce "rénovateur" ne devait surtout pas être utilisé avec des batteries neuves ou toujours en état de fonctionner correctement, sinon leur destruction était certaine. Patrick DUBOSC peut témoigner personnellement de l’efficacité de ce produit, toujours secret.

• Ensuite, un dispositif qu’il avait appelé le "zizi rentré". Son beau-frère avait une Peugeot 305 dont le coffre s’ouvrait lorsqu’on appuyait sur un bouton-poussoir qui dépassait. De ce fait, ce bouton-poussoir pouvait être très facilement arraché à l’aide d’une pince multiprise et le coffre, ouvert ; c’était la technique habituelle des voleurs. Pour empêcher cela, Michel TOITOT conçut un dispositif qui maintenait toujours "rentré" le bouton-poussoir.

Nous remercions Madame Suzanne TOITOT, son épouse, et la famille de Michel TOITOT pour leur aide à la rédaction de cet article.

Mis à jour ( Dimanche, 12 Février 2012 17:56 )