Mars-Mai 2015 : Impuretés dans les produits de ressuage et de magnétoscopie : d’où proviennent-elles réellement ?

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Écrit par Dubosc
Jeudi, 19 Février 2015 11:40

Mars 2015

Les produits de ressuage et de magnétoscopie sont constitués de composants de qualité industrielle. Il n’y aurait aucun intérêt technique à utiliser des substances de qualité pour analyse dont les coûts seraient exorbitants et injustifiés. Par conséquent, certaines impuretés se trouvent dans les matières premières et les produits finis. Toutefois, êtes-vous certain que cela soit la seule source d'impuretés ?

Quelles sont les impuretés préoccupantes dans les produits de ressuage et de magnétoscopie ? Principalement celles qui pourraient nuire au contrôle, par réaction avec certaines substances chimiques dans les formules. En outre, et c’est la préoccupation majeure, les impuretés qui pourraient conduire à la corrosion des pièces contrôlées.

En fait, en ce qui concerne les impuretés qui pourraient réagir avec certains composants dans les formules, il appartient au concepteur/fabricant des produits de choisir les bonnes sources d’approvisionnement des matières premières, celles qui peuvent être fournies de manière fiable avec une qualité constante lot après lot.

Ainsi, de loin, la principale préoccupation est due à des impuretés qui pourraient être un composant naturel de certaines matières premières, et qui pourraient endommager certains matériaux. Les halogènes et le soufre sont les principaux coupables. Ajoutez parfois le sodium.(1)

Tous les fabricants renommés de produits de ressuage et de magnétoscopie se conforment aux exigences des toutes les normes internationales et des spécifications des sociétés, notamment pour la teneur maximale admissible en impuretés telles que le fluor, le chlore, le soufre, et, pour certaines applications, le brome. Ils sont conformes, autant que cela est possible...! Nous avons déjà vu des exigences de...25 ppm d'halogènes MAXIMUM (ce qui est presque impossible à obtenir), alors que parfois la méthode d’analyse applicable ne permettait pas de doser des traces d’impuretés aussi faibles, comme écrit clairement au chapitre domaine d’application de la méthode d’analyse ! Au milieu des années 90, les méthodes ASTM, spécifiées dans le code ASME, de dosage du chlore et du soufre, étaient couramment exigées : la valeur minimale de chlore que la méthode d’analyse ASTM D808-87 permettait de détecter était de 0,1 %, soit 1000 ppm, alors qu’on nous avait déjà demandé de fournir des certificats d’analyse stipulant moins de 25 ppm selon cette méthode.

Notez que cette procédure suppose que des composés contenant des halogènes autres que le chlore ne soient pas présents.

Un autre point à considérer est de savoir si l'ensemble du processus d'analyse est conforme aux exigences du processus de la procédure d'analyse applicable. Le cas particulier que nous avons à l'esprit : un fabricant de produits de ressuage avait fourni un révélateur humide non aqueux avec des certificats attestant une teneur en fluor + chlore inférieure à 100 ppm, d’après la spécification XXX d'un donneur d’ordre, qui exigeait moins de 200 ppm. Ainsi, pour les utilisateurs du révélateur, tout allait bien.

Le seul, minuscule, si minuscule, si infime, problème, était que ce révélateur était à base de T-111 (son support non aqueux volatil était le 1,1,1-trichloroéthane ; oui, ce produit chimique était encore autorisé car ce n’est que le 1er janvier 1989 qu’entra en vigueur le Protocole de Montréal qui interdisait la production et l’utilisation d'un certain nombre de substances suspectées d’être responsables de la destruction de la couche stratosphérique d'ozone, dont le T-111. De toute évidence, le révélateur ne pouvait pas contenir que 100 ppm de chlore. En fait, un rapide calcul simple montre que le révélateur contenait...65 % (650 000 ppm !) de chlore. Comment le fabricant pouvait-il n’obtenir que 100 ppm seulement ?

En fait, il n'avait pas suivi la procédure d'échantillonnage: il laissait s’évaporer le solvant pendant une heure à sa température d'ébullition, puis, il effectuait l'analyse selon la méthode établie par le donneur d’ordre. Du coup, la valeur de 100 ppm était celle obtenue sur l'extrait sec...pas sur l'ensemble du produit, tel que requis dans le processus d'échantillonnage de cette même méthode.

Il y a une autre source de « pollution » des produits de ressuage et de magnétoscopie. Cette source n'est jamais mentionnée, mais elle pourrait conduire à des teneurs locales de chlore bien supérieures à la valeur maximale tolérée par les spécifications applicables.

Lorsqu’il fait chaud, ou lorsque quelqu'un travaille dur, dans des conditions difficiles, il y a une réaction naturelle de l'organisme pour assurer son refroidissement : la sueur.

Que contient la sueur en grande quantité ? Du chlorure de sodium...du sel, comme on l'appelle.

Des gouttes de sueur peuvent tomber sur la surface examinée, conduisant à une concentration locale…corrosive des ions chlorure...La même réaction peut provenir de sueur sur les doigts, en prenant une pièce pour la déplacer, ou de la sueur sur la paume de la main, quand on s’appuie sur une pièce pour se lever. La concentration de chlorure peut être élevée, et les ions peuvent rester sur la pièce pendant longtemps si, par exemple, la paume de la main a été appliquée après contrôle. En cas de corrosion, il est probable que le « coupable » tout désigné sera l'un des produits de ressuage utilisés pour le contrôle, et non la sueur produite par le contrôleur.

C’est un sujet qui a déjà été évoqué maintes fois il y a de nombreuses années par l'un des auteurs ; le numéro de juin 2013(2) du Penetrant Professor, publié par Met-L-Chek, donne une conclusion explicite à notre article :

« Les exigences de pureté deviennent de plus en plus strictes alors que les produits de contrôle ont des teneurs en ces éléments 1000 fois inférieures à celles des empreintes digitales des contrôleurs. Avez-vous déjà vu une exigence de contrôle des mains sales ? »

De plus, que penser des opérateurs et des contrôleurs qui prennent leur casse-croûte sans se laver les mains ensuite ?

 

Références

(1)Pierre CHEMIN et Patrick DUBOSC, Les spécifications qui ont changé les produits de ressuage, août 2008 (document complété et actualisé en avril 2012.

(2)William E. MOOZ : Pesky Penetrant Contaminants, numéro de juin 2013 du Penetrant Professor. En savoir +

 

Références normatives

ASTM D808-87 Standard Test Method for chlorine in new and used petroleum products (bomb method). ASTM International, 100 Barr Harbor Drive, PO Box C700, West Conshohocken, PA, 19428-2959, États-Unis d’Amérique, 1987.
Abrogée et remplacée par l’ASTM D808-11 Standard Test Method for chlorine in new and used petroleum products (high pressure decomposition device method). ASTM International, 100 Barr Harbor Drive, PO Box C700, West Conshohocken, PA, 19428-2959, États-Unis d’Amérique, 2011.

Mis à jour ( Jeudi, 19 Février 2015 11:52 )