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Exposition des opérateurs de magnétoscopie aux champs magnétiques basse fréquence

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Écrit par Administrator
Mardi, 01 Mars 2011 13:14

Mars 2011

Par Stéphane GRAVELEAU, département Recherche & Développement de SREM TECHNOLOGIES (France)
Édité par Pierre Chemin et Patrick Dubosc


Suite à la parution d’un article(1) concernant l’exposition des opérateurs de magnétoscopie aux champs électromagnétiques, nous nous permettons de réagir et de vous faire part de nos remarques sur le sujet car cet article propose à notre avis un contenu médico-technique pour le moins contestable.

D’un point de vue médical, nous nous garderons bien de prendre position, ni dans un sens ni dans l'autre, sur des aspects souvent polémiques et qui ne sont pas de notre domaine de compétence. Néanmoins, nous tenons à vous informer que cet article n’offre pas une vision objective des choses et est clairement orienté. Il prend appui sur un rapport (rapport "Bio Initiative") très controversé, aux propos alarmistes et émotionnels, comme il est possible de s’en rendre compte en consultant le lien suivant :
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1133

Pourtant, en avril 2004 est apparue la directive européenne 2004/40/CE(2) qui devra être transcrite en droit français d'ici 2012. Elle constituera alors un référentiel réglementaire précis que nous nous permettons tout d’abord de présenter ici dans sa partie qui concerne les champs magnétiques basse fréquence (unique aspect concerné par la magnétoscopie alors que cette directive couvre un domaine beaucoup plus large). Pour décrire l'exposition à des champs magnétiques basse fréquence, la directive 2004/40/CE fait appel à une notion de "valeur limite d'exposition" exprimée en termes de densité de courant traversant le corps humain :

Ces valeurs sont définies pour protéger des effets aigus de l'exposition sur les tissus du système nerveux central au niveau de la tête et du tronc (stimulation des tissus, vertiges…). Ce type d'effets aigus est essentiellement instantané, et d'un point de vue scientifique, il n'y a aucune raison de modifier les valeurs limites pour les expositions de courtes durées. Toutefois, puisque les valeurs limites d'exposition sont fondées sur les effets nocifs sur le système nerveux central, elles peuvent permettre des densités de courant plus élevées dans les tissus corporels autres que le système nerveux central dans les mêmes conditions d'exposition.
Malheureusement, ces grandeurs ne sont pas directement mesurables. Pour permettre tout de même une évaluation simple et rapide de l'exposition par la mesure du champ magnétique, des "valeurs déclenchant l'action" ont été définies conformément aux principes établis par la Commission Internationale pour la Protection contre les Rayonnements Non Ionisants (ICNIRP = International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection)(3). Le respect des "valeurs limites d'exposition" est obligatoire, alors que le respect des "valeurs déclenchant l'action" ne l'est pas. Mais, si elles sont respectées, elles garantissent le respect des "valeurs limites d'exposition". À 50 Hz, le niveau de référence à ne pas dépasser est de 0,5 mT, soit un champ magnétique de 400 A/m dans l’air ; mais il est bien souvent nécessaire de prendre en compte la présence de nombreuses harmoniques.

De plus, il est à noter que l'ICNIRP a publié en novembre dernier de nouvelles recommandations(4) après revue de la littérature publiée depuis 1998. La "Valeur déclenchant l'action" devient moins restrictive et passe de 0,5 mT à 1 mT à 50 Hz. Ces nouvelles recommandations devraient être prises en compte dans la nouvelle directive en cours d'élaboration et qui devrait remplacer celle de 2004.

Lorsque les "valeurs déclenchant l'action" sont dépassées, à moins que l'évaluation effectuée ne démontre que l'exposition ne dépasse pas les "valeurs limites d'exposition" et que tout risque pour la sécurité est exclu, l'employeur doit établir et mettre en œuvre, sur la base de l'évaluation des risques effectuée, un programme comportant des mesures techniques et/ou organisationnelles visant à empêcher que l'exposition ne dépasse les valeurs limites d'exposition.

Bien que cette directive ne soit pas encore en vigueur, SREM TECHNOLOGIES se préoccupe déjà depuis longtemps de ses implications tels que peuvent en témoigner les articles et notes d'informations techniques sur le sujet présents sur notre site internet. Depuis 2006, nous utilisons un moyen de mesure performant permettant l'évaluation des champs magnétiques environnementaux et avons acquis depuis cette date une bonne connaissance du rayonnement de nos équipements. Nous mettons toutes nos compétences et notre sérieux pour répondre aux questions de nos clients sur le sujet. L'émission des champs magnétiques dépend grandement des conditions opératoires, et une bonne connaissance des équipements et de leur fonctionnement est avant tout nécessaire pour réaliser un bon diagnostic et proposer des solutions simples pour diminuer l'exposition en cas de besoin.

Pour faire suite à cette présentation de la directive, il est clair que d’un point de vu technique, l’article cité comporte également un certain nombre d'explications contradictoires, voire inexactes, qu’il nous semble intéressant de révéler ou de préciser.

• Tout d’abord cet article cherche clairement à faire peur au lecteur, en comparant par exemple une valeur limite d’exposition (10 mA/m²) qu’il est impossible de mesurer directement, à un champ magnétique à la surface d’une pièce (2 400 à 4 000 A/m) prétendument important au regard de cette valeur limite d’exposition. Cette information n'est que très approximative. En effet, si un champ magnétique de 4000 A/m continu est généré sur une pièce, la densité de courant dans le corps humain sera de 0 mA/m² (en continu, il n'y a pas de phénomène d'induction), ce qui est dans ce cas, et pour cause, très inférieur à 10 mA/m². Dans le cas d'un champ alternatif, il est totalement impossible et utopiste de faire une corrélation simple entre le champ sur la pièce et la densité de courant dans le corps humain, car cela dépend d'un grand nombre de paramètres (fréquence, géométrie de la pièce et du circuit magnétique, distance de la personne, hétérogénéité du corps humain…).

Cet article affirme que plusieurs secteurs d’activité sont directement concernés par ce problème d’exposition des opérateurs, mais insiste sur le fait que le contrôle non destructif par magnétoscopie l’est plus particulièrement, ce qui est totalement exagéré. En effet, les valeurs déclenchant l'action exprimées en termes de valeur de champ magnétique sont fortement dépendantes de la fréquence et de plus en plus restrictives lorsque l'on monte en fréquence (par exemple H < 400 A/m pour f=50 Hz / H < 40 A/m pour f = 500 Hz / H < 24,4 A/m pour f = 5 kHz). Par comparaison avec d'autres secteurs (soudure, traitement thermique…), la magnétoscopie a pour elle le fait de générer des champs magnétiques de très basse fréquence pour lesquelles les restrictions sont donc beaucoup plus faibles. Même en présence d'harmoniques, l'aspect inductif des charges (pièces) utilisées limite les brusques variations de courant et donc la présence de hautes fréquences à seulement quelques kHz. De même, il est important de ne pas faire l’amalgame entre les champs magnétiques et les champs électriques, même basse fréquence, générés par exemple par des lignes à haute tension. Il s’agit en effet de deux sujets totalement différents.

Harmoniques de courant lors de l’utilisation d’un banc de contrôle magnétoscopique à thyristor

• En parlant des systèmes de régulation de la puissance par thyristors que l'on trouve de plus en plus fréquemment sur les équipements, l'article indique que ces générateurs produisent des harmoniques plus nocives que les fréquences fondamentales. Cette remarque est vraie et est liée, comme expliqué dans le paragraphe précédent, à la diminution des seuils d’exposition avec l’augmentation de la fréquence. Cependant, il nous semble important d'indiquer que nous avons fait des essais montrant que pour un générateur de courant à thyristors, l'exposition maximale de l'opérateur au champ magnétique est tout de même plus forte à pleine puissance (thyristor complètement ouvert) et que dans ce cas, seul le fondamental est pourtant présent.

• Enfin, l’article conseille comme solution alternative l'utilisation d'un puits vertical d'aimantation 3D par champ magnétique tournant permettant, selon lui, de limiter les risques d'exposition de l'opérateur, affirmation pour laquelle nous émettons des doutes. En effet, au même titre qu'un solénoïde enveloppant, le flux magnétique de cet équipement circule en circuit magnétique ouvert (rebouclage dans l'air et donc dans l'espace où peut se trouver l'opérateur), ce qui rayonne potentiellement beaucoup plus qu'un flux magnétique circulant en circuit magnétique fermé (cas des bancs magnétoscopiques standards sans solénoïde). Dans ce dernier cas, le chemin du flux magnétique est connu et circule dans les éléments constitutifs du banc. La mesure des zones de restriction sur un de nos bancs magnétoscopiques standards conformément aux recommandations de la directive 2004/40/CE (ICNIRP 98) peut être observée sur les graphiques suivants, il est ainsi possible de se rendre compte que la zone de restriction se limite quasiment à la cuvette même du banc.

Pour en avoir le cœur net, et étant donné que nous doutions de l'objectivité de l'auteur qui est un fabricant de ces chambres d'aimantation 3D, nous avons fait une mesure sur un de ses équipements. Les résultats ont montré que la zone de restriction atteignait 1 mètre autour du bord du puits, et que la position verticale de celui-ci ne changeait absolument rien au problème. Affirmer qu’une chambre d’aimantation 3D est moins dangereuse pour les opérateurs qu’un banc de magnétoscopie classique nous semble donc une position partisane et contestable.

En conclusion, nous mettons en doute l’objectivité de cet article et les réelles motivations de son auteur. Sans vouloir entrer dans un débat médical de spécialistes sur les effets des rayonnements magnétiques basse fréquence sur la santé des opérateurs, nous tenons tout de même à signaler que la magnétoscopie est vieille de plus de 100 ans et que depuis presque 60 ans d’existence de la société SREM TECHNOLOGIES, aucun problème grave concernant l’exposition aux champs magnétiques sur un banc de contrôle magnétoscopique, de notre fabrication ou de celle d’un confrère, ne nous a été remonté. Une nouvelle réglementation devrait prochainement s’appliquer pour réduire encore l’exposition des opérateurs et surtout pour mieux les informer des situations à risque. Nous nous réjouissons de cette avancée et recherchons à accompagner nos clients dans cette démarche, mais ne tombons pas dans l’exagération ! Oui, la magnétoscopie à encore de beaux jours devant elle car elle est un moyen sûr et efficace d’assurer le contrôle de pièces de sécurité et de structures critiques en toute sérénité.

Références

(1) Marie-Line ZANI-DEMANGE avec Éric CRESCENZO, Société IXTREM, Des techniques simples pour se protéger des champs électromagnétiques, N°831 de la revue MESURES, 15 Rue d’Oradour-Sur-Glane, F-75015 Paris (France), janvier 2011. Page 26

(2) Directive 2004/40/CE du Parlement Européen et du Conseil du 29 avril 2004 concernant les prescriptions minimales de sécurité et de santé relatives à l'exposition des travailleurs aux risques dus aux agents physiques (champs électromagnétiques) (dix-huitième directive particulière au sens de l'article 16, paragraphe 1, de la directive 89/391/CE, Journal officiel de l'Union européenne, 47e année, L 159 du 30 avril 2004 et rectificatifs L 184.1 du 24 mai 2004.

(3) Guide pour l’établissement de limites d’exposition aux champs électriques, magnétiques et électromagnétiques - Champs alternatifs (de fréquence variable dans le temps, jusqu’à 300 GHz), Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP), Revue Health Physics, 1998, 74, 4, pp. 494-522. Document disponible sur le site Internet de l’INRS.

(4) Fact sheet on the guidelines for limiting exposure to time-varying electric and magnetic fields (1 Hz – 100 k Hz), Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP), Revue Health Physics, 99(6):818-836; 2010. Document disponible sur le site Internet de l’ICNIRP.

Mis à jour ( Mardi, 17 Avril 2012 17:48 )