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Au bon vieux temps du Rock and Roll

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Écrit par Administrator
Vendredi, 01 Janvier 2010 13:39

Le ressuage en France au bon vieux temps du Rock and Roll

1- Introduction

Eh oui, cet article traite de ce qu'était le ressuage en France à cette époque. Mais nous sommes persuadés que l'on rappellera à certains de nos amis dans le monde entier des cas semblables dans leurs pays respectifs... seulement si (un grand "si" !) ils ont au moins 60 ans aujourd'hui !!

Aucun de nous deux n'avait entendu parler du ressuage lors de ses études universitaires en chimie.

Voici quelques uns de nos lointains souvenirs sur le ressuage au bon vieux temps du Rock and Roll.

Dans les années 50, les produits de ressuage s’apparentaient aux bonnes vieilles recettes de cuisine de nos Grands-mères : on trouvait des formules partout et chaque responsable de service contrôle faisait sa ‘‘petite cuisine’’ (à cette époque, le monde du ressuage était exclusivement masculin !!)

Comme vous allez le constater, les questions d'Hygiène et de Sécurité n'étaient pas la préoccupation de l'époque. Les premières fiches de données de sécurité (FDS) firent leur apparition en France au début des années 80.

2- Le ''père'' français du ressuage

Qui fut donc le ''Père'' du ressuage en France ?

Ce fut l'Ingénieur Général du Génie Maritime Henri de LEIRIS (†), Grande médaille en 1969 de la SF2M (Société Française de Métallurgie et de Matériaux), Président du COFREND (1977-1979) et Médaillé COFREND (1985). Le COFREND, ancêtre de la COFREND, était le Comité Français des Essais Non Destructifs.

Henri de LEIRIS avait conçu des formules de produits de ressuage (coloré et fluorescent) et des assemblages (entre autres vis + écrous) pour tester la sensibilité des produits.

Notez qu'il existait, dans les années 50, la ''trousse RESSUAL'' qui comprenait tout le nécessaire pour faire du ressuage ; les produits étaient conditionnés en petits flacons.

Un des tout premiers fabricants de produits de ressuage soumit ses produits pour essais à Henri de LEIRIS. Les résultats furent excellents et Henri de LEIRIS reconnut, en toute modestie et en scientifique qu'il était, que ces produits étaient bien meilleurs que les siens. En conséquence, il recommanda ces produits à tout le monde.

Profitons de cette occasion pour citer un autre Ingénieur Général du Génie Maritime, René RAVAUD (1920-1986), Président Directeur Général (1971-1982) de la SNECMA qui fit pénétrer son Entreprise dans le domaine Civil. Que serait devenu la SNECMA si elle n'était restée que dans le domaine militaire ?

René RAVAUD avait l'habitude de dire à son personnel : ''Vous fabriquez les moteurs d'aujourd'hui et moi, je pense aux moteurs de demain''.
Visionnaire, il le fut vraiment.

Il signa en 1974 avec Gerhard NEUMANN de GENERAL ELECTRIC un joint venture 50/50 qui créa CFM INTERNATIONAL. On connaît la suite avec l'énorme succès mondial de la famille des moteurs CFM56, qui, par exemple, équipe les BOEING 737 en exclusivité et environ 60 % des avions de la famille AIRBUS A320.

3- Quelques formules de pénétrants bien connus à cette époque

Dans la première partie d'un long article(*) avait été donnée la composition chimique de deux des plus anciens pénétrants :

3.1.- Pénétrant coloré

La formule pour 1 litre était la suivante :
• Xylène : 498 ml.
• Tétraline : 498 ml.
• Isopropanol : 4 ml.
• Rouge organol : 1 gramme.

C'est la raison pour laquelle le ressuage coloré était appelé à cette époque en France le ''ressuage au rouge organol''.

Le rouge organol est un colorant diazoïque de la famille des colorants SUDAN.

Parmi ces colorants, citons le SUDAN RED 7 B :
• Nom chimique : 2-Naphthylamine, N-éthyl-1 - ((p-(phénylazo)phényl)azo)-
• Formule : C24H21N5.
• CAS N°6368-72-5.
• Classification : Solvent Red 19, colour index CI 26050.
• Inscrit dans la liste des cancérigènes du groupe 3 du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer).

Ces colorants ne sont plus autorisés en tant que colorants alimentaires depuis 1995 dans l'Union Européenne. En effet, sous l'action de certaines enzymes, ils peuvent se dégrader dans le corps humain en amines, dont certaines sont cancérigènes. C'est la raison pour laquelle des pénétrants colorés exempts de colorant diazoïque ont été mis au point.

Les données Hygiène et Sécurité sur les autres constituants sont les suivantes :

• Xylène (ou diméthylbenzène) : c'est en fait le mélange des 3 isomères : 1,2-Diméthylbenzène, 1,4-Diméthylbenzène et 1,3-Diméthylbenzène.
Symbole de danger :
Xn- Nocif.
Phrases de risque :
R 10 Inflammable.
R 20/21 Nocif par inhalation et par contact avec la peau.
R 38 Irritant pour la peau.
Phrase de conseil de prudence :
S 25 Éviter le contact avec les yeux.

• Tétraline (ou 1,2,3,4-Tétrahydronaphtalène)
Symboles de danger :
Xi- Irritant, N- Dangereux pour l'environnement.
Phrases de risque :
R 19 Peut former des peroxydes explosifs.
R 36/38 Irritant pour les yeux et la peau.
R 51/53 pour les organismes aquatiques, peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique.
Phrases de conseil de prudence :
S 26 En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de l'eau et consulter un spécialiste.
S 28 Après contact avec la peau, se laver immédiatement et abondamment avec de l'eau.
S 61 Éviter le rejet dans l'environnement. Consulter les instructions spéciales/la fiche de données de sécurité.

• Isopropanol
Symboles de danger :
F- Facilement inflammable, Irritant.
Phrases de risque :
R 11 Facilement inflammable.
R 36 Irritant pour les yeux.
R 67 L'inhalation de vapeurs peut provoquer somnolence et vertiges.
Phrases de conseil de prudence :
S 7 Conserver le récipient bien fermé.
S 16 Conserver à l'écart de toute flamme ou source d'étincelles - Ne pas fumer.
S 24/25 Éviter le contact avec la peau et les yeux.
S 26 En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de l'eau et consulter un spécialiste.

3.2.- Pénétrant fluorescent

La formule pour 1 litre était simple :
• Huile minérale : 750 ml.
• Hydrocarbures : 250 ml.
• Acétate de diméthylcoeroxénol : 1,25 gramme.

L'acétate de diméthylcoeroxénol est un ester du coeroxénol et comme tous les autres esters du coeroxénol, il est fortement coloré. L'acétate de diméthylcoeroxénol émet une fluorescence de couleur jaune. Nous n'avons aucune autre information sur ce colorant anthracénique. Peut-être porte-t-il un autre nom chimique car nous n'avons pas trouvé son N° CAS (Chemical Abstract Service) à moins qu'il n'ait jamais été enregistré.

Concernant les autres ingrédients, en absence d'informations plus détaillées, nous ne savons pas quelle était leur dangerosité.

L'huile minérale peut contenir des impuretés très dangereuses si elle n'est pas raffinée. Les  hydrocarbures sont classés ''nocifs'' de nos jours alors qu'ils étaient considérés comme non dangereux à cette époque !

4- Quand un constructeur célèbre de moteurs d'avions fabriquait ses propres produits de ressuage

Dans les années 50, un célèbre constructeur français de moteurs d'avions avait conçu des produits de ressuage pour utilisation dans ses usines.

4.1.- Pénétrant coloré

Le pénétrant coloré qui était alors appelé ''liquide rouge'' avait la composition suivante :
• Lactate de butyle : 120 ml.
• Éthanol 95 % : 120 ml.
• Toluène : 10 ml.
• Rhodamine B BASE : 10 grammes.

Bien qu'émettant une fluorescence orange sous rayonnement UV-A, ce pénétrant n'était utilisé qu'en tant que pénétrant coloré.

Dans notre DPCNewsletter N°017 paru en octobre 2009 sur notre site Web :
www.ressuage-magnetoscopie-penetranttesting-magnetictesting-dpc.info
qui traite des ''Produits spéciaux pour le ressuage'', vous trouverez au chapitre du ''pénétrant mixte'', ce qu'il faut savoir du point de vue Hygiène et Sécurité des pénétrants à base de rhodamine.

Quant aux autres composants :
• Lactate de butyle : cet ester n'est plus utilisé dans les produits de ressuage.
Symbole de danger :
Xi- Irritant.
Phrase de risque :
R 36/37/38 Irritant pour les yeux, les voies respiratoires et la peau.
Phrases de conseil de prudence :
S 26 En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de l'eau et consulter un spécialiste.
S 37/39 Porter des gants appropriés et un appareil de protection des yeux/du visage.

• Alcool à 95° (éthanol) : c'est l'azéotrope éthanol/eau ; l'éthanol très probablement est "dénaturé" selon la réglementation applicable. Le dénaturant est très souvent du méthanol, parfois du diéthylphtalate, ou du thiophène ou même du diéthyléther. Cet alcool n'est plus utilisé dans les pénétrants.
Symbole de danger :
F- Facilement inflammable.
Phrase de risque :
R 11 Facilement inflammable.
Phrases de conseil de prudence :
S 7 Conserver le récipient bien fermé.
S 16 Conserver à l'écart de toute flamme ou source d'étincelles - Ne pas fumer.

• Toluène : il s'agit d'un hydrocarbure benzénique qui n'est plus utilisé dans les produits de ressuage : il serait interdit aujourd'hui.
Symboles de danger :
F- Facilement inflammable, Xn- Nocif.
Phrases de risque :
R 11 Facilement inflammable.
R 38 Irritant pour la peau.
R 48/20 Nocif : risque d'effets graves pour la santé en cas d'exposition prolongée par inhalation.
R 63 Risque possible pendant la grossesse d'effets néfastes pour l'enfant.
R 65 Nocif : peut provoquer une atteinte des poumons en cas d'ingestion.
Phrases de conseil de prudence :
S 36/37 Porter un vêtement de protection et des gants appropriés.
S 62 En cas d'ingestion, ne pas faire vomir : consulter immédiatement un médecin et lui montrer l'emballage ou l'étiquette.

• Rhodamine B: voir ci-dessus.

4.2.- Révélateur

Le révélateur humide non aqueux qui était appelé ''liquide blanc'' avait la composition suivante :
• Carbonate de calcium précipité léger : 45 %.
• Éthanol à 95 % : 55 %.

L'éthanol, bien que parfois encore utilisé dans des révélateurs humides non aqueux, a été très souvent remplacé par l'alcool isopropylique depuis des décennies. Sans dénaturant, il a une odeur plus agréable que l'éthanol dénaturé. De plus, l'alcool isopropylique ne renferme que 0,5 % d'eau au maximum. C'est très important car, au contact de l'eau, le carbonate de calcium forme des grumeaux, ce qui est inacceptable pour un révélateur. La teneur en carbonate de calcium nous semble élevée. Dans les révélateurs humides non aqueux, la teneur en agents capillaires est voisine de 25 %. Ce révélateur a une teneur en solides trop élevée et il était difficile à pulvériser pour obtenir une couche mince et uniforme. Il est probable qu'on obtenait une couche trop épaisse.

Sur le plan Hygiène et Sécurité :

• Carbonate de calcium : c'est la craie, la calcite ou encore le blanc de Meudon ou d'Espagne. Le carbonate de calcium en lui-même n'est pas une substance dangereuse, sauf s'il contient de l'amiante (qui provoque l'asbestose) ou de la silice cristalline (cristobalite et quartz) qui peut provoquer la silicose.

De nos jours, le carbonate de calcium utilisé dans les révélateurs est obtenu par synthèse directe et non plus obtenu à partir de la roche, ce qui garantit l'absence d'amiante et de silice cristalline.

• Alcool à 95° (éthanol) : voir ci-dessus.

Voici la gamme de ressuage de cette époque, avec certains de nos commentaires :

• Dégraissage au trichloroéthylène.
Commentaire : les alliages de titane n'étaient pas encore utilisés en aéronautique.

• Application du ''liquide rouge'' au pinceau.
Commentaire : bien qu'on ait commencé à utiliser les générateurs d'aérosols pour certains produits au tout début des années 1950 (**), personne n'imaginait que les produits de ressuage pourraient être utilisés de cette manière.
Aucune durée de pénétration n'était stipulée.

• Essuyage à sec avec un chiffon.

• ''Lavage'' (Commentaire : le terme ''essuyage'' conviendrait mieux) à l'aide d'un chiffon imbibé d'alcool (Commentaire : il s'agissait d'éthanol à 95°) jusqu'à disparition du liquide rouge. Laisser sécher 5 minutes.

• À l'aide d'un pistolet, projeter le révélateur (liquide blanc), après avoir bien agité le produit.

• Laisser sécher 5 minutes ; s'il y a des criques, celles-ci se décèlent en rouge sur le dépôt blanc.
Commentaire : cette durée de révélation est un peu trop courte.

• Au cas où, par fausse manœuvre, on aurait effacé les criques révélées, essuyer la pièce au chiffon à sec, et recommencer la projection du liquide blanc seulement.
Les criques réapparaîtront en rouge sur le dépôt blanc. Cette opération peut même être recommencée deux à trois fois.
Commentaire : si on opère ainsi, il est probable que des indications ne réapparaîtront pas, ce qui est néfaste pour la fiabilité du contrôle. Si cette opération est refaite deux ou trois fois, il n'y a pratiquement aucune chance de voir apparaître des indications.
De nos jours, dans une telle situation, la pièce serait entièrement et soigneusement nettoyée pour être remise dans son état de propreté initiale, et la gamme de ressuage serait recommencée depuis le début. En effet, l'opération prescrite reviendrait à faire une sorte de ''levée de doute'' qui n'est envisageable qu'avec les pénétrants fluorescents comme nous l'avons expliqué sur notre site Web (***).

5- Conclusion

Nous avons pensé qu'il était utile de revenir beaucoup d'années en arrière. Comme le dit si bien le dicton, nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants ; honorons les pionniers du ressuage qui nous ont précédés.

En publiant cet article, nous avons voulu vous faire prendre conscience des progrès accomplis en ressuage depuis le bon vieux temps du Rock and Roll.

Références

(*) Jean-Claude HUGUES et Pierre CHEMIN, Contrôle Non Destructif par Méthode de Ressuage, Revue bimestrielle Pratique du Contrôle Industriel-Qualité, N°78 à 83 (avril 1976 à mars 1977).

(**) Pierre CHEMIN et Patrick DUBOSC, Historique du ressuage : Sur notre site Web.

(***) Pierre CHEMIN et Patrick DUBOSC, La levée de doute : Sur notre site Web.


Dans les années 60, une Société britannique avait pour slogan : À chaque problème de traitement de surface, il y a un produit xxxxxx (marque déposée que nous ne divulguerons pas).
Les Ingénieurs et les Technico-commerciaux de cette Société l’avaient transformé de la façon suivante : ‘‘Avec chaque produit de traitement de surface xxxxxx (marque déposée que nous ne divulguerons pas), il y a un problème.’’


Cette anecdote est ici seulement pour rappeler à chacun que les problèmes rencontrés en atelier peuvent être dus aussi bien aux fournisseurs/fabricants qu’aux utilisateurs.
Notre idée dans ces documents N’EST PAS de viser quiconque, mais au contraire, de porter à votre connaissance quelques cas intéressants qui peuvent vous éviter de refaire les mêmes erreurs lors de contrôle par ressuage (PT) ou par magnétoscopie (MT).

Toutes les mini-histoires que vous lirez sont VRAIES. Nous pensons qu’elles vous seront utiles.
• Premièrement, en tant qu’exemples d'exigences techniques - ou non techniques - ou de problèmes particuliers.
• Deuxièmement, pour vous faire voir que les problèmes ne proviennent pas forcément d’où vous pensez qu’ils proviennent.
• Troisièmement, pour que les utilisateurs n’hésitent à demander de l’aide aux personnes (les experts) qui en savent plus.

Mis à jour ( Dimanche, 10 Juin 2012 14:11 )